Hier a eu lieu la deuxième édition de l’apéro-discute à Biopousses. L’année dernière déjà à la même période, l’événement avait rassemblé du monde autour des essais de matériels biosourcés (Thomas Guillard) et Maraîchage Tout Herbe. Cette année, nous l’avons reconduit avec pour thématiques les essais d’irrigation avec une eau structurée (LM innovation) et la deuxième année d’essais Maraîchage Tout Herbe.
- Essais d’irrigation avec eau structurée
Le concepteur du Vortex était présent pour expliquer l’origine et le fonctionnement de son invention : l’eau est présente dans l’environnement sous différents états électriques, facteur faisant varier son potentiel d’assimilation par les végétaux. Le Vortex est une turbine dans laquelle transite l’eau d’irrigation et dont elle ressort dans un état électrique lui conférant un haut potentiel d’assimilation par les culture. Il permettrait ainsi de réaliser des économies d’eau, intérêt mis en exergue par le contexte actuel de sécheresse et de restrictions.
Des essais sont mis en place à Biopousses et en partenariat avec Bio en Normandie dans l’objectif de tester la possibilité de réduire la consommation d’eau tout en maintenant un rendement constant grâce au Vortex.
Trois modalités sont testés sur une culture de haricots à rames :
- Irrigation 100 % des besoins théoriques des cultures, eau brute
- Irrigation 70 % des besoins théoriques des cultures, eau brute
- Irrigation 70 % des besoins théoriques des cultures, eau après passage dans le Vortex
Les rendements des haricots seront comparés dans les trois modalités afin de valider ou non l’hypothèse de départ.
- Maraîchage Tout Herbe
- Fréquence d’irrigation sur tomates
Le projet Maraîchage Tout Herbe vise à développer un système alternatif dans un contexte limitant en fumier et autres engrais organiques. Le système en question consiste à valoriser les prairies, dont les fauches (brins longs) sont apportées sur les parcelles maraîchères sous forme d’un mulch en surface, afin d’assurer le maintien de la fertilité pour les sols et les cultures.
Les itinéraires techniques suivis en 2025 concernent des cultures de plein champ (céleri) et sous abris (tomate), représentatifs des pratiques observées sur les fermes maraîchères. Parmi les freins techniques subsistants concernant les cultures mulchées sous abris, la quantité d’herbe résiduelle en fin de culture de tomates (octobre 2025) est trop importante pour semer une culture (nécessitant un sol nu) en suivant. Pour cause, une irrigation trop irrégulière pour pouvoir maintenir le mulch humide tout au long de la saison et assurer une dégradation optimale. Un compromis est à trouver entre une irrigation trop peu fréquente, et au contraire une irrigation trop importante pouvant affecter la qualité gustative des tomates.
En 2026, des essais sont conduits sur tomates mulchées avec micro-aspertion suivant deux fréquences d’irrigation pour une quantité d’eau apportée équivalente : 2 fois par semaine et tous les jours. Seront mesurés : le taux de dégradation de l’herbe (pesée en début et fin de culture) et le taux de sucre des tomates (mesure à chaque récolte).

- Pratiques d’entretiens des prairies, la parole aux éleveur.euse.s
Dans le système Maraîchage Tout Herbe, la fertilité des parcelles cultivées est assuré grâce à l’apport des fauches provenant de prairies permanentes. Quid alors du maintien de la fertilité de ces prairies dont les fauches sont exportées ? Cette question a fait l’objet d’un stage ingénieur agronome en 2026. L’état de l’art réalisé ainsi que des entretiens chez 10 éleveurs ont permis de dresser un panorama des bonnes pratiques en matière d’entretien des prairies. Ces connaissances ont pu être mises en application sur la prairie adjacente aux parcelles test du programme Maraîchage Tout Herbe et d’où provient l’herbe utilisée comme mulch : diagnostic et itinéraire technique prévisionnel ont pu être réalisés afin d’en améliorer la qualité agronomique.
L’entretien des prairies et le matériel utilisé influent sur la qualité de l’herbe obtenue. Cette variable a fait l’objet d’un essai au champ : le matériel utilisé pour récolter l’herbe a-t-il un impact sur sa vitesse de dégradation et sa capacité à endiguer l’enherbement de la parcelle cultivée ? Trois micro-parcelles (7,2 m²) ont été recouvertes de mulch d’herbe récoltée sur la même prairie avec 3 matériels distincts : faucheuse-autochargeuse, broyeur à marteaux et gyrobroyeur. Cet essai n’ayant pas fait l’objet de répétitions, on ne peut assurer que les variations ne sont pas liées à des facteurs non maîtrisés et variant entre les micro-parcelles. Les résultats observés sont les suivants : la parcelle « faucheuse-autochargeuse » est celle où l’herbe s’est le plus dégradée depuis l’épandage (herbe séchée et pesée en mai et juillet), et c’est aussi la plus enherbée. Ce résultat est étonnant étant donné que le brin d’herbe, plus long et moins trituré qu’avec broyeur à marteaux et gyrobroyeur, offre une surface de contact (et donc de dégradation) moins importante. Une pesée finale de l’herbe sera réalisée en octobre, fin théorique des cultures estivales.
- Essais systèmes et test d’un nouveau matériel d’irrigation plein champ
Le dispositif d’essai principal du programme Maraîchage Tout Herbe consiste à tester trois systèmes – « Herbe », « Fumier », « Bouchon » – , caractérisés par le type d’apport dont ils font l’objet, et à comparer leur capacité à répondre à des objectifs, à savoir assurer la pérennité des fermes maraîchères diversifiées et, dans le cas de la modalité « Herbe », garantir l’autonomie et la robustesse, du système.
Chaque parcelle de 300 m² est divisée en sous-parcelles sur lesquelles sont mis en œuvre les trois systèmes (4 répétition des systèmes sur chaque parcelle). Deux sites sont employés pour les essais, caractérisés par deux contextes pédo-climatiques (les Longbois à Lingreville et la Sittelle à Saint-Vigor-des-Monts), et sur lesquels se trouvent à chaque fois, à l’identique, une parcelle sous abris et une parcelle plein champ. Les parcelles sont cultivées suivant une rotation (4 ans sous abris, 7 ans plein champ), permettant l’évaluation des systèmes sur le long terme.
Les systèmes sont évalués sur les critères suivants :
- Rendements des cultures (et biomasse totale produite),
- État sanitaire des cultures,
- Taux de C, N, P, K dans le sol (l’azote N étant mesuré sous différentes formes),
- Abondance en bactéries et champignons microbiens dans le sol,
- Humidité dans le sol,
- Faisabilité technique (temps et pénibilité du travail, outils, méthodes).

Les premiers résultats obtenus sur les rendements des cultures sont encourageants :

Au plein champ l’irrigation était assurée en 2025 par des asperseurs type Sprinkler. Or la répartition de l’eau projetée étant circulaire avec ce dispositif, l’irrigation d’une parcelle rectangulaire est sujette à des pertes d’eau (projetée en dehors de la parcelle). Un matériel développé récemment, Sumisansui, consiste en des tuyaux micro-perforés déroulé sur la longueur de la parcelle en son centre, et assure une répartition rectangulaire de l’eau projetée (de part et d’autre du tuyau), limitant les pertes d’eau. Ce matériel a été installé en 2026 sur la parcelle plein champ (oignons) et permet de renforcer le gain en eau déjà constaté dans le système « Herbe » en 2025, où l’humidité restait plus importante dans le sol par rapport aux systèmes « Fumier » et « Bouchon » (sol nu).
Le même dispositif est prévu pour les cultures sous abris, permettant de tester une alternative aux micro-asperseurs testés en 2025 et n’offrant pas entière satisfaction à cause de l’hétérogénéité de l’irrigation sur la parcelle et de la pénibilité au montage du système. La livraison ayant eu du retard, ce matériel sera testé sous abris ultérieurement à la culture de betterave (mars-juin 2026), en printemps-été 2027.
La rencontre s’est clôturée par un temps d’échange autour d’un buffet convivial : entre le gaspacho et le houmous fleurissent les nouvelles idées et les projets. L’heure est maintenant à la digestion.